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Africultures

La revue des cultures africaines

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Il faut une nouvelle génération

Entretien avec Flora Gomes

Catherine Ruelle
Africultures - n°47

Sélectionné en compétition officielle au festival de Cannes en 1996, Po di Sangui est un regard essentiel sur le devenir écologique et spirituel de notre planète.
Pourquoi ce film ?
Po Di Sangui parle du rapport entre l'homme et la nature. C'est une histoire réalisée par un Africain, tournée sur la terre africaine, et c'est aussi une histoire universelle. C'est une vraie préoccupation pour moi en tant que créateur : je pensais qu'il était nécessaire de parler de cette confrontation culturelle : la conservation de nos traditions ou bien les chocs de la modernisation. J'ai choisi comme thème central de mon film le symbole de l'arbre. Pour moi, un homme qui plante un arbre est quelqu'un qui a l'esprit ouvert et c'est pour cela qu'il m'a semblé important de traiter ce sujet de cette manière là.
Il est assez différent de vos deux films précédents : Mortu Nega et Les Yeux bleus de Yonta.
Oui; complètement. Dans Po di Sangui, je voulais montrer une société africaine symbolique. Avec Anita Fernandez, ma co-scénariste, nous n'avons pas voulu un village africain réaliste. Nous voulions aller au-delà du réel, au-delà de l'apparence, entraîner le spectateur dans l'imaginaire et le spirituel au-delà des êtres eux-mêmes. Je pense qu'il faut vraiment avoir l'envie et le courage d'accepter d'autres valeurs culturelles, d'accepter cette différence qui à la fois en est une et pas puisque toutes les sociétés entretiennent un rapport particulier à la nature et au spirituel.
La spiritualité africaine reste le thème central de Po di Sangui, qui veut dire l'arbre aux âmes. Il aborde aussi la gémellité, fondement de nombreuses cosmogonies africaines.
Avec ce film, j'ai voulu montrer ce à quoi je tenais. Ou plutôt poser des questions. Est-ce que nous voulons continuer en gardant toutes nos traditions ? Est ce que nous voulons sacrifier une partie de nous-mêmes qui fait partie de notre tradition et rejoindre la pensée occidentale, celle des pays que l'on appelle développés ? Est ce que nous voulons rester comme nous sommes en regardant le développement de loin comme un mirage dans le désert ?
Cependant, je parle de valeurs aussi, la solidarité par exemple qui existe dans cette petite communauté que je montre dans le film. Cette façon d'être ensemble, de vivre ensemble, peut permettre d'atténuer les soucis, les souffrances de chacun. Cette solidarité n'existe plus dans certain pays développés, cette tradition non plus, qui est importante à conserver.
Mais je ne donne aucune solution, je répète que je pose simplement la question de ce que l'Afrique veut ou non. Pour moi, il est très important de parler du passé, de notre passé. C'est la seule façon de mieux comprendre notre présent et de préparer notre avenir. Je ne suis pas un politicien, mais je pense que nous, les Africains, nous n'avons pas bien réalisé ce qu'était notre société avant l'arrivée des Européens. Comment étaient nos ancêtres ? Comment vivaient-ils ? Quelles étaient leurs valeurs culturelles et spirituelles, leurs structures sociales, qu'on pourrait comparer aujourd'hui à celle des Etats en Afrique ? Concrètement, je pense que c'est important qu'on sache comment nos ancêtres géraient notre société.
Il faut aussi qu'il y ait une révolution dans nos têtes, car le vrai problème ici, c'est un problème de mentalités. Il faut qu'il y ait une nouvelle génération qui ose dire les choses telles qu'elles sont, comme elle les pense, pour conserver ce que nous possédons de plus profond. Comme çà, on pourra revenir chez nous et laisser des traces positives pour les générations futures. Autrement, nous n'existerons jamais.
propos recueillis par Catherine Ruelle

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